Paris 67 / San Francisco 68 (2003)
Paris (Olympia) : 9 octobre 19671. Stone Free
2. Hey Joe
3. Fire
4. Rock Me Baby
5. Red House
6. Purple Haze
7. Wild Thing
San Francisco (Fillmore Auditorium) : 4 février 1968 [Second concert] 8. Killing Floor
9. Red House
10. Catfish Blues
11. Dear Mr. Fantasy (Part 1)
12. Dear Mr. Fantasy (Part 2)
13. Purple Haze
Les sept premiers titres du sixième volume de la série initiée par Dagger Records sont issus de la performance du Jimi Hendrix Experience à l'Olympia datant du 9 octobre 1967.
Experience Hendrix LLC avait déjà publié deux extraits de ce concert en 2000 sur
"The Jimi Hendrix Experience Box Set".
La setlist du concert était a priori la suivante :
1. Stone Free >>> "Paris 1967 / San Francisco 1968"
2. Hey Joe >>> "Paris 1967 / San Francisco 1968"
3. Fire >>> "Paris 1967 / San Francisco 1968"
4. Catfish Blues (coupée) >>> Coffret "The Jimi Hendrix Experience"
5. The Burning of the Midnight Lamp >>> Inédit
6. Foxy Lady >>> Inédit
7. The Wind Cries Mary >>> Coffret "The Jimi Hendrix Experience"
8. Rock Me Baby >>> "Paris 1967 / San Francisco 1968"
9. Red House >>> "Paris 1967 / San Francisco 1968"
10. Purple Haze >>> "Paris 1967 / San Francisco 1968"
11. Wild Thing >>> "Paris 1967 / San Francisco 1968"
Même si l'enregistrement ne couvrait pas l'intégralité du concert, il est difficile de ne pas regretter le manque de cohérence des choix opérés en l'espèce.
Comme pour les performances des 18 octobre 1966 et 29 janvier 1968, il s'agit d'un enregistrement effectué pour le compte de l'émission Musicorama diffusée alors par Europe 1. Si la qualité audio est présente (c'est un enregistrement soundboard), le mixage effectué par Marc Exiga est parfois complètement à coté de la plaque : la guitare de Jimi est totalement sous-mixée. Il est vrai que la plupart des artistes se produisant alors à l'Olympia présentaient une musique fort différente de celle de l'Experience !
Le concert débute par un "
Stone Free" solide et efficace, joué dans un esprit très rock : le solo est concis ; ce n'est que plusieurs mois plus tard qu'il deviendra le théâtre de longues improvisations.
Après la face B, Jimi enchaîne avec la face A du premier Single de l'Experience : "
Hey Joe". Le groupe maîtrise bien sûr ce titre à la perfection (même si la dernière montée chromatique connaît quelques flottements !).
Le solo central est brillamment interprété avec les dents, alors qu'on devine le suivant, à l'image de ce qu'il a fait à Monterey, joué derrière le dos. Le showman ne prend toutefois pas trop le dessus sur le musicien.
Sur "
Fire", le passé rhythm and blues de Jimi ressort encore nettement dans sa manière de chanter.
Si le premier solo est très court et calqué sur la version studio, le second est un peu plus original, surtout lorsqu'il sculpte un long feed back avec son levier de vibrato.
"Quelqu'un veut péter un câble ! Quelqu'un avec une caméra veut péter un câble ici, OK... alors on va ta laisser péter un câble !"
Jimi annonce ensuite "
Rock Me Baby", mais en précisant qu'il vont le faire à
leur manière.
Le mixage est le gros point faible de cette version : lors des couplets, la guitare est à peine audible alors que la voix est très en avant. Le résultat n'est pas mauvais en soi, mais la puissance de feu de l'Experience en prend un coup.
Le solo central est assez inégal : le visuel prend parfois le pas sur le musical. On devine un début de solo où Jimi érotise son instrument, instrument dont il rejoue avec les dents par la suite.
Alors qu'il annonce "
Red House", Jimi confirme avoir quelques problèmes techniques avec sa guitare. C'est seulement la deuxième version documentée de ce qui allait devenir un pilier de son répertoire dans les mois à venir.
Le mixage des couplets laisse là encore à désirer : sur ce type de blues, la guitare ne doit pas être en retrait à ce point par rapport à la voix, car c'est elle qui ponctue chacune des phrases vocales.
Comme sur la version studio, le titre est joué en shuffle sur un tempo moyen. Contrairement à celle-ci, le solo connaît de longs développements : il est quatre fois plus long que sur "Are You Experienced". C'est sans conteste l'un des moments forts de ce concert, où le groupe s'éloigne déjà du blues tel qu'on le jouait alors à Chicago. Le jeu de Mitch Mitchell lorgne vers le jazz alors que l'utilisation du fuzz conduit Jimi à phraser différemment de ce que faisaient ses contemporains : le rapport au silence des grands bluesmen fait ici place à l'obsession du plein. Le silence étant impossible lorsqu'il joue ainsi, Jimi réinvente l'équilibre tension/relâchement à sa manière.
Noel Redding annonce le titre suivant : "
Purple Haze".
Mais Jimi n'attaque pas la face A de son deuxième Single pour autant : "
Je vais dire un truc en français... Je vous aime beaucoup, OK ? Je peux dire tour Eiffel aussi !"
Il propose ensuite d'expliquer le sens de "Purple Haze" à ceux qui ne parlent pas anglais : il se lance alors dans une introduction bruitiste qui reste relativement brève.
Retentit peu après le thème de "Purple Haze". Dès que Jimi attaque le premier couplet, sa guitare redevient enterrée dans le mixage. Son "
Kiss the sky" se mue de nouveau en "
kiss that guy".
Les interventions de Jimi en tant que soliste sont certainement très visuelles car sans véritable direction. Il joue d'ailleurs le final avec ses dents...
Jimi invite alors le public à chanter le dernier titre du concert avec l'Experience, brocardant gentiment au passage Otis Redding et Wilson Pickett, avant de préciser qu'ils sont super mais que l'Experience a
son truc.
Jimi met un certain temps à se réaccorder... mais avec une bonne humeur manifeste et communicative.
"
Wild Thing" est présent en bonus sur le DVD "Experience" publié en 2001 par Experience Hendrix LLC.
C'est une version puissante, mais très visuelle là encore, où Noel Redding est très présent lors des parties vocales.
Jimi lance "
Thank you very much... merci beaucoup !" au public avant de conclure le concert par un final bruitiste.
Au final ? Les extraits de ce concert trouvent idéalement leur place sur un Dagger Records. La qualité du mixage rendait une publication officielle difficile, surtout en raison de la part du visuel dans les concerts de l'Experience en 1967.
Le second concert proposé ici est celui du 4 février 1968. Les notes de pochette et le site officiel indique le Fillmore Auditorium alors que Caesar Glebbeek penche pour le Winterland.
L'histoire des bandes est assez incroyable si l'on se fie au site de brumepourpre :
- Citation :
- Une des histoires les plus étranges au sujet de l'acquisition d'une bande rare de Hendrix fut ce vendeur de boissons du Winterland Arena de San Francisco. Quand l'Arena fut fermée vers la fin des années 70, il fut donné en cadeau de remerciement à ce vendeur de boissons une bobine originale du soundboard par Bill Graham's au Winterland contenant un show.
La bande dure quarante six minutes, et fut enregistrée lors d'un des concerts de Février 1968.
L'enregistrement proposé par Dagger Records est effectivement soundboard, de très bonne qualité audio... mais le mixage laisse parfois là encore à désirer. Plus surprenant, la guitare de Jimi a ici un son que l'on ne retrouve nulle part ailleurs. Mais c'est peut-être tout simplement lié au fait que Jimi ne jouait pas sur Marshall mais sur des amplis Fender Dual Showman lors de cette tournée US 1968. Le son de Jimi sur les blues pourrait aussi s'expliquer par le fait que Jimi ne jouait pas nécessairement sur une Stratocaster. Peut-être joue-t-il de la Flying V dont il avait repeint le corps de motifs psychédéliques ? Flying V popularisée par Albert King, qui assurait à San Francisco les premières parties de l'Experience et dont le jeu a manifestement inspiré la performance de Jimi.
La seconde partie de "Paris 67 / San Francisco 68" commence par un fondu en ouverture sur une version moyenne de "
Killing Floor", sans doute plus en raison du mixage que de la musique vraiment jouée cette nuit. La qualité de l'enregistrement permet toutefois d'apprécier véritablement le jeu de Mitch Mitchell.
La version qui suit de "
Red House" est nettement moins impressionnante que celle du concert parisien. De même sur "Killing Floor", Jimi chante un peu comme s'il était enrhumé. Mais c'est surtout l'influence d'Albert King qui est un peu trop marquée à mon sens. Flagrante lors de l'introduction instrumentale, elle reste nette lors du premier cycle du solo central, où l'articulation des différentes phrases de Jimi est assez moyenne. En début de second cycle, Jimi casse une corde, coupant court à tout développement.
"
Catfish Blues" : troisième titre... troisième blues. L'influence d'Albert King est écrasante lors de l'introduction. Jimi semble désaccordé mais ce n'est pas vraiment gênant sur ce type de long blues sur un seul accord.
La voix de Jimi passe mieux ici, mais on peut effectivement se demander s'il n'est pas (un peu) malade.
Dès les premières notes de son solo, Jimi utilise sa pédale wah wah... ce qui ne l'empêche pas de faire quelques tirés dans le style de ceux d'Albert King.
Après un dernier couplet, Mitch Mitchell prend un solo de batterie... où l'enregistrement soundboard est plus qu'appréciable.
Jimi reprend ensuite a capella, toujours armé de sa wah wah avant de conclure sur le riff de "Cat's Squirrel".
Mitch Mitchell introduit alors Buddy Miles de l'Electric Flag, qui prend sa place à la batterie (le siège de Mitch devait être solide !).
Dès les premières notes de "
Dear Mr. Fantasy", le classique de Traffic, on reconnaît le drumming de Buddy, moins aérien, moins éclaté que celui de Mitch.
Contrairement à la version du 3 août 1968 jouée à Dallas, celle-ci est instrumentale. La bande coupe au bout de cinq minutes, mais reprend sans doute quelques instants plus tard, le temps pour le technicien de changer les bobines.
Le couple basse/batterie qui soutient Jimi est particulièrement intéressant : c'est le seul enregistrement officiel de la combinaison Hendrix/Redding/Miles.
Le résultat du couple basse/batterie n'a rien de spectaculaire : sans la basse bondissante de Billy Cox, le jeu de Buddy tombe un peu à plat. De même que sans la liberté de Mitch Mitchell, celui de Noel Redding devient bien austère.
Pas de conclusions hâtives pour autant : c'est ici une jam qu'il nous est donné d'entendre, et non le fruit de longues heures de répétitions.
Et c'est une jam qui mérite sans problème sa place sur un Dagger : outre un thème absent du répertoire officiel de Jimi, c'est aussi l'occasion d'entendre un Hendrix inspiré qui explore en terrain moins connu. Il n'hésite pas à faire l'inventaire de sa guitare et livre sur la durée nombre de traits absolument remarquables. Certains d'entre eux sont totalement révolutionnaires pour l'époque ("Part Two", à partir de 5:25). Il faudra attendre de nombreuses années avant d'entendre Frank Zappa, Jeff Beck, Steve Vai et Joe Satriani reprendre ces techniques.
"
Un grand batteur, Mister Mitch Mitchell !"
Buddy Miles nous sort (déjà !) son numéro de soul brother un peu excessif, tentant de rester sur le devant de la scène.
On termine avec "
Purple Haze", dont l'introduction est suivie d'un gros flottement : peut-être Jimi a-t-il cassé une corde ?
Malgré ce problème technique manifeste, Jimi gère avec beaucoup de professionnalisme la situation et réussit à faire illusion le temps du titre qu'il conclut par un final a capella joué avec les dents... lorsque la bande coupe.
Au final ? Un enregistrement intéressant... mais un peu inégal. Mais dans le cadre de la série Dagger Records, une excellente initiative.